3 bonnes raisons de se remettre en cause et comment le faire avec bienveillance


Réfléchir sur soi pour grandir ensemble / lundi, juillet 30th, 2018
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Comme je vous l’ai déjà dit ailleurs, m’étant longtemps perçue comme un imposteur, je suis une championne de l’auto-remise en cause! Je n’y peux rien, je suis branchée comme ça. Je passe tout ce que je fais au crible de l’auto-critique.

C’est pour ça qu’aujourd’hui, j’aimerais vous faire part de 3 bonnes raisons de se remettre en cause, et vous proposer des pistes pour le faire dans la bienveillance.

Qu’est-ce que ça signifie, se remettre en cause?

Le dictionnaire Larousse nous apprend que “remettre en cause” est la même chose que “remettre en question, revenir sur une décision”.

Plus concrètement, se remettre en cause, c’est être capable de relire ses propres actions ou décisions avec un regard critique afin d’en apprendre quelque choseEn général, on le fait lorsque lesdites actions ou décisions nous ont porté préjudice.

Rares sont les personnes qui se remettent en cause face à des événements positifs de leur vie. 😉

Se responsabiliser de ce qui nous arrive

La première bonne raison de se remettre en cause, c’est que cela nous aide à assumer le fait que nous sommes entièrement responsables de la manière que nous avons de réagir à ce qui nous arrive.

Un exemple de ce qu’on fait tous

Prenons une scène toute bête du quotidien. Un truc qui m’est arrivé hier soir.

Mon fils s’était endormi dans mon lit. Je l’ai pris dans mes bras pour le passer dans sa chambre, mais j’avais oublié que les petits avaient laissé une grosse flaque d’eau (du bain) sur le passage. Flaque que je n’avais pas réussi à sécher complètement. Vous devinez la suite? Je me suis magistralement cassé la figure… (Je vous rassure, le petit n’a rien eu, je lui ai servi de matelas antichoc; il ne s’est même pas réveillé.)

Je me suis fait vraiment mal, ce qui m’a mise de mauvaise humeur. Et quand mon mari m’a fait une réflexion dépourvue d’empathie envers ma situation, j’ai explosé. Et je lui ai dit que c’était de sa faute parce que je lui avais demandé de sécher cette flaque mieux que moi et qu’il ne l’avait pas fait, etc., etc. Vous connaissez le tableau, tout le monde sait faire preuve de mauvaise foi.

Vous voyez bien qu’au lieu d’assumer ma responsabilité (j’ai mal séché la flaque et marché au mauvais endroit), je l’ai transformé en “faute” et l’ai jetée à la seule tête adulte environnante, celle de mon mari. Double peine donc: non seulement je me suis fait mal mais en plus, j’ai abîmé ma relation avec mon amoureux.

Après ça, je suis partie me calmer toute seule dans mon lit (pendant que mon mari, que j’avais bien réussi à culpabiliser, séchait la flaque), et là, j’ai pu réaliser que c’était ma responsabilité, qu’il n’y avait pas “faute” et que mon mari ne me devait rien. J’aurais souhaité de sa part de la compassion, pas des remarques inutiles ni même qu’il sèche la flaque.

Si j’avais déjà pratiqué assez la CNV, j’aurais pu retourner le voir et lui dire “je me sens triste quand tu me fais une réflexion alors que je me suis fait mal (observation), car j’ai besoin de sentir de l’empathie (besoin). Pourrais-tu simplement m’écouter sans rien dire quand j’ai mal? (demande)”. Mais bon, je ne l’ai pas fait. Je ne suis pas prête. Nous nous sommes réconciliés autrement, moins efficacement sans doute.

Pourquoi je vous raconte tout ça? Parce que c’est un phénomène que j’observe tout le temps chez moi et chez les autres, dans les familles et à l’école. Nous avons tous le réflexe de chercher un fautif aux événements négatifs de nos vies, même les plus insignifiants.

remettre en cause les autres
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Et alors, si tout le monde le fait, où est le problème?

Eh bien le problème, c’est que ça empoisonne nos relations!! Et cela nous déresponsabilise car au lieu d’assumer les conséquences de nos actes (et de nos éventuels manquements), nous cherchons à externaliser une faute présumée.

En fait, c’est un problème d’éducation. Comme j’en parlais hier, jusqu’à maintenant pour être de bons parents, il fallait à la fois avoir le contrôle de ses enfants et savoir répondre à leurs besoins. Dans ce type d’éducation, la responsabilité et la faute sont très souvent confondues.

Par exemple, votre enfant renverse son verre de lait du matin. Deux options:

  • Vous voulez lui enseigner la responsabilité: vous lui montrez que vous comprenez qu’il soit ennuyé (après tout, il vient de perdre son lait et de tout salir) et vous lui donnez de quoi nettoyer. Éventuellement, vous lui montrez comment mieux tenir son verre pour que cela ne se reproduise pas.
  • Vous vous énervez: vous lui criez après en lui disant qu’il est maladroit, qu’il passe son temps à gâcher la nourriture, et autres gentillesses du même style. Et bien sûr, c’est vous qui nettoyez, en bougonnant et en lui faisant bien sentir que c’est de sa faute si vous êtes fâché (spoiler: en vrai, c’est pas le cas).

Cela vous semble familier?

Voyons l’option 2

Le souci dans cette option, c’est que l’enfant est sous stress. Il est donc paralysé et en proie à des sensations physiques désagréables, qu’il va associer à son erreur. Il va se juger (puisque son parent l’a fait) mauvais, ou nul.

A chaque fois que son parent réagit en mode 2, l’enfant apprend que faire une erreur, c’est grave. Donc, que les erreurs sont des fautes (ne confond-on pas les deux mots à l’école?) et que les fautes sont condamnables (puisqu’on le juge). Il faut donc à tout prix les éviter car elles provoquent des sensations et des jugements désagréables. Et quoi de mieux que de rejeter la faute pour éviter tout ces désagréments?

Pas bon pour l’estime de soi. Pas bon pour apprendre de ses erreurs… Ni pour apprendre à dire pardon.

Et l’option 1?

Cette option permet plutôt de comprendre que chacune de ses actions a des conséquences, parfois agréables et parfois désagréables. Quand elles sont désagréables, on peut chercher une solution pour réparer la situation. Parfois il n’y en a pas, et c’est douloureux. On peut alors demander pardon pour de vrai, car on est capable de voir que c’est notre action qui a provoqué la situation désagréable. On est dans l’empathie avec la “victime” au lieu d’être en train de se juger soi-même.

L’autre avantage de l’option 1, c’est qu’en réalisant que nous sommes responsables des conséquences de nos actes, on a tendance à mieux les prévoir, et donc à agir avec plus de circonspection.

Alors c’est quoi, se remettre en cause pour être responsable?

Il s’agit donc ici d’être capable de se remettre en cause lorsqu’il nous arrive quelque chose de désagréable afin de déterminer si nous avons assumé notre part de responsabilité dans la situation ou si nous avons rendu quelqu’un fautif.

Attention, il s’agit aussi de veiller à ne pas porter la responsabilité des autres à leur place!

Si vous vous faites agresser dans la rue parce que vous êtes noir et que ça ne plaît pas à votre agresseur, vous n’en êtes pas responsable! Par contre, vous seul êtes responsable de l’importance que vous donnerez à cet incident désagréable dans votre vie.

Démasquer nos croyances pour avancer 

Se remettre en cause face à une situation désagréable peut aussi nous permettre, lorsqu’on le fait avec bienveillance, d’entrevoir les croyances associées à cette situation (qu’elles en soient la cause ou la conséquence). Une fois identifiées, elles sont plus faciles à accepter et il est alors plus aisé de lâcher prise.

Reprenons l’exemple de l’agression raciste.

Une fois la scène déroulée, vous voilà parti dans des sensations et sentiments tous plus désagréables les uns que les autres. Alors que vous n’aviez rien demandé. Nous sommes d’accord que ce n’est pas de votre responsabilité si vous êtes noir, pas plus que ce n’est de votre responsabilité que cet agresseur soit raciste. Mais votre réaction face à cet imprévu désagréable va beaucoup dépendre de vos croyances préalables.

En voici deux possibles, parmi des milliers :

  • Vous vous pensez comme une victime: cette mésaventure sera l’occasion de vous faire plaindre (à juste titre) par tout un tas de monde, et il est fort à parier que les sensations désagréables liées à l’incident perdurent longtemps en vous, car vous aurez une bonne raison de les entretenir.
  • Vous pensez devoir réparer l’injustice: c’est la goutte de trop pour vous, cela fait longtemps que vous étouffez des frustrations et ressentiments du fait de trop nombreuses scènes racistes dans votre vie. Vous vous transformez alors en persécuteur, et vous vous en prenez à des personnes qui n’ont rien à voir avec ce qui vous fait mal. Par la même occasion, vous entretenez  la douleur de l’injustice (moteur de votre revanche) et continuez d’en souffrir.

Si vous êtes ensuite capables de vous remettre en cause, vous pourrez peut-être vous rendre compte de la croyance qui s’est associée en vous à la scène vécue. (Pour un excellent article (et un test) sur le sujet de ces deux rôles que nous vivons tous, voyez l’article de Renaud Perronnet.)

Quel est l’intérêt d’identifier ces croyances associées?

Parce qu’elles entretiennent en vous les sensations désagréables liées à l’événement (peur, douleur, sentiment d’injustice…) en les cachant derrière l’écran qu’elles y projettent (je suis une victime ou je vais pas me laisser faire). Donc, vous continuez à en souffrir.

Au lieu de vous aider à tourner la page, vos croyances entretiennent votre souffrance.

Alors que si vous les identifiez pour ce qu’elles sont, des croyances, vous pouvez passer outre et remettre les choses à leur place: vous avez souffert d’une agression extérieure dont vous n’êtes pas responsable et qui vous a causé beaucoup de douleur.

Derrière la croyance, vous pourrez voir les émotions et les sentiments que vous n’avez pas pu accueillir jusque-là et qui vous font souffrir.

C’est le premier pas pour entreprendre un chemin de guérison: reconnaître, accueillir, lâcher prise.

Ce n’est pas un chemin facile, mais il est libérateur. Je le sais, j’ai eu l’occasion de le parcourir.

S’assouplir face à la vie

s'assouplir
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La dernière bonne raison d’apprendre à se remettre en cause est liée aux deux premières.

C’est un peu un trio gagnant: si je suis responsable de mes réactions face à ce qui m’arrive, je suis plus à même de découvrir les croyances qui me gênent et d’accueillir les obstacles que je rencontre comme autant d’occasions de grandir.

trio gagnant

Pour s’assouplir le mental, Renaud Perronnet (encore lui 😉 ) recommande

“un travail pratique permanent de remise en cause de trois de nos tendances coutumières:

  • nos tendances à juger,
  • nos tendances à comparer,
  • nos tendances à attendre que les choses arrivent comme nous le souhaitons.”

Je vous invite à aller lire son excellent article sur le sujet.

La remise en cause bienveillante: le juste dosage

Croyez-en une experte en la matière, quand on se remet en cause on passe vite de la bienveillance à la malveillance.

Alors utilisons cet outil, mais avec précaution, en respectant les règles suivantes:

  • Je me remets en cause parce qu’une situation me fait souffrir et que je veux comprendre pourquoi.
  • Je cherche à comprendre ma part de responsabilité sans l’amoindrir ni l’étendre à celle des autres.
  • Je ne me juge pas d’avoir commis une erreur. Je demande pardon si elle a causé à autrui une souffrance. Je me demande pardon d’avoir fait souffrir quelqu’un.
  • Je peux déterminer la responsabilité des autres par rapport à la mienne, mais je n’ai pas à la juger.
  • Je cherche à démasquer une éventuelle croyance qui me pousse à revivre toujours le même type de mésaventures.
  • J’accepte qu’il ne me soit pas toujours possible de trouver les réponses à mes questions. Et je me célèbre d’en avoir l’intention et d’essayer.
  • Lorsque je découvre quelque chose d’important sur moi, j’exprime de la gratitude.
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