5 bonnes questions à se poser avant l’exil


La mixité en couple, La mixité en société / lundi, octobre 15th, 2018
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Je me souviens, il y a dix ans, quand nous allions quitter la France pour nous installer au Nicaragua… De nombreuses personnes me disaient que j’étais courageuse, et je ne comprenais pas du tout pourquoi. Pour moi, c’était THE aventure du siècle! Aller vivre dans mon continent préféré de tous les temps, c’était juste le rêve!! Je ne voyais pas où était le courage dont on me parlait. Dix ans plus tard, je comprends mieux 😉 Alors, je partage avec vous 5 questions qu’il est bon de se poser sérieusement avant de partir s’installer à l’autre bout du monde avec son amoureux!

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https://www.flickr.com/photos/kaosbrutal/ Copyright Kaos Brutal

1. Est-ce un vrai projet à deux?

Eh oui, parce que si c’est le rêve de l’un, et que l’autre ne fait que suivre, ça peut devenir difficile… Comme tout grand projet de couple d’ailleurs! Si j’ai envie d’un enfant et pas mon conjoint, mais qu’il accepte “pour me faire plaisir”, c’est quitte ou double pour le résultat post-naissance… Pareil pour l’exil! C’est une grosse décision, il faut la mûrir tranquillement.

Comment je sais si c’est un vrai projet à deux?

Chaque couple a sa propre façon de communiquer, mais il y a des signes qui peuvent nous mettre la puce à l’oreille et nous aider à nous orienter sur la suite à donner au projet:

  • Les deux sont super enthousiastes! Eh oui, ça arrive et c’est bien agréable!! Quand l’idée de l’un est accueillie sans autre arrière-pensée par l’autre, c’est bien parti! Il reste à construire concrètement le projet, mais au moins, on est d’accord d’emblée sur le principe! Situation idéale! Passez à l’étape suivante: dans quelles conditions est-ce que vous imaginez chacun cela possible? Et en route pour l’exploration et  la négociation!
  • La fréquence des discussions à ce sujet: plus on en parle ensemble, plus c’est important pour nous. Même si, quand on en parle, on n’est pas d’accord. Peut-être faut-il encore mûrir le projet, mais il a le mérite d’exister.
  • L’initiative du dialogue à ce sujet: Si les deux entament la conversation à ce sujet tour à tour, c’est que le projet est partagé. Si c’est toujours la même personne, il est probable qu’elle soit plus enthousiaste que l’autre. Ce qui ne veut pas dire que l’autre ne soit pas intéressé, attention! Il peut simplement avoir peur, besoin de plus de temps, de mesurer les conséquences plus à fond… Si la personne enthousiaste ne donne pas le temps au temps, l’autre ne pourra pas s’approprier le projet et le faire sien. Or, s’il n’y met pas sa pierre, on risque fort l’échec.
  • Les deux émettent des avis: un projet naît souvent de l’idée d’une personne. On sait que l’autre se l’est appropriée quand il commence à faire des suggestions, des demandes, à poser des conditions pour que cela fonctionne pour lui.
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Comment en faire un projet à deux?

Surtout, donnez le temps au temps, je me répète 😉 Si c’est vous qui avez eu l’idée en premier, c’est que cela vous plaît. Mais pour l’autre, cela peut représenter un énorme défi qui éveille plein de peurs. Il faut en prendre soin, écouter les sentiments de l’autre avec bienveillance. Vous n’arriverez à rien en le forçant. Et puis, écouter ses peurs vous permettra de regarder les vôtres, qui sont là bien que vous ne leur prêtiez pas toute votre attention…

Si vous “suivez” votre conjoint dans cette folie, il faut que vous arriviez à lui exprimer ce qui vous attire dans son projet, ce qui éveille vos craintes, et quelles sont vos conditions pour vous sentir bien avec ce projet. Cela vous fera avancer tous les deux!

Il est bon de se rappeler que la peur est là pour nous montrer que nous ne sentons pas assez bien préparés, pas pour nous empêcher d’avancer!!

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2. Votre destination est-elle liée à votre couple, ou hors origines?

Ce n’est pas du tout le même contexte de partir vers un pays qu’aucun des deux n’a fréquenté ou de partir vers le pays d’origine de l’un des deux. La vie sur place en sera extrêmement différente. De même, en fonction des relations avec la belle-famille, cela peut changer du tout au tout. Voyons un peu.

Quand le projet est partagé en famille, vers le pays d’origine de l’un

Avec mon mari, nous avons décidé de partir au Nicaragua, son pays, parce qu’il ne trouvait rien d’intéressant à faire en France. Nous avons pensé qu’il serait plus facile pour moi de trouver un travail de qualité au Nicaragua que pour lui en France. Et nous avions raison. Mais nous avons pris le temps de chercher avant de partir, afin de consolider notre intuition. C’était aussi une démarche de consolidation de notre couple, car la situation en France n’était pas équilibrée, donc pas propice à un bon développement de notre relation.

Ce qui a aidé à ce que cet exil soit une belle aventure, c’est aussi que j’avais le désir de vivre à l’étranger, et en particulier en Amérique latine, avant même de connaître mon mari. Ainsi, nous résolvions un problème important (le mal-être de Federico qui ne trouvait pas sa place en France) et accomplissions un de mes rêves. Idéal, n’est-ce pas?

Par ailleurs, nous ne partions pas en terrain inconnu. Sur place, nous sommes d’abord arrivés chez mes beaux-parents. Nous avions les connaissances de mon mari et de ma belle-famille pour nous orienter dans nos choix. Nous avions des personnes pour nous aider si besoin est. Nous avions des amis d’ici, grâce à mon mari.

Tout n’est pas rose bien sûr. Personne ne vous dira qu’il est facile de vivre avec ses beaux-parents, aussi adorables soient-ils et même si c’est peu de temps. Et il y aurait beaucoup à dire sur nos relations avec les Nicaraguayens au quotidien, mais ce n’est pas l’objet de cet article.

Ce que je veux mettre en valeur ici, c’est que lorsque l’on va dans le pays d’origine de l’un des deux, et que le projet est partagé par les deux et par leurs familles, l’exil n’en est que plus facile.

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Quand on va chez l’un, mais que la famille ne suit pas

Il peut arriver que vous vous installiez dans le pays de l’un mais que la famille de ce conjoint ne soit pas particulièrement ravie de vous accueillir. C’est typiquement le cas de couples inter-religieux dont l’une des familles est très attachée à sa religion, que vous ne partagez pas.

Dans ce cas, il faut bien réfléchir au bien-fondé de cet exil. Il faut être honnête au sein du couple sur les questions religieuses, ne surtout pas les minimiser. Elles font partie des valeurs les plus profondément ancrées, celles qu’il est extrêmement difficile de négocier. Prétendre que “l’amour est plus fort que tout” est un leurre et peut finir en drame, surtout lorsqu’il y a des enfants au milieu. (Pour un complément de lecture, c’est ici.)

S’exiler est une démarche difficile, même lorsqu’elle est choisie. Les migrants qui laissent tout derrière eux pour tenter leur chance ailleurs vivent une des plus grandes déchirures possibles. Et ceux qui partent pour rejoindre leur amoureux dans son pays aussi. Là encore, ne prétendons pas que c’est un choix facile.

Il faut être conscients de la réalité: en couple mixte, l’un des deux est forcément loin des siens, dans une culture aux normes, valeurs et coutumes différentes, avec un regard extérieur qui jugera ses actions, pensées et attitudes avec plus ou moins de clémence (en fonction notamment du passé colonialiste entre les deux pays), avec des rapports hommes-femmes différents, des rapports de classe différents, une pensée politique différente… C’est ce qui fait tout l’attrait et la difficulté de la démarche.

Mais si, au milieu de toute cette différence, ceux qui devraient accueillir rejettent, alors cela peut-être très dur. Si la belle-famille n’approuve pas le conjoint de leur enfant, celui-ci aura deux choix: se mettre de leur côté (donc, disputes dans le couple) ou se mettre de celui de son amoureux (donc, disputes dans la famille). En fonction de la force du rejet et de ses motifs (pas la bonne couleur de peau, pas la bonne religion, pas les bonnes origines…), cela peut créer un vrai dilemme et de grandes déchirures.

En étant en couple mixte, ces problématiques existent de toute façon, puisque l’un des deux est nécessairement étranger. Reste à choisir qui prend ce rôle, en fonction du pays et de la belle-famille la plus accueillante. Et quand ni les pays ni les familles d’origine ne sont accueillants, on peut toujours partir dans un pays tiers!

Que faire dans le cas d’une belle-famille qui rejette le conjoint?

Il faut bien peser le pour et le contre avant de décider de vivre dans le pays de cette belle-famille. Est-ce qu’on y va parce que c’est plus facile d’y vivre pour tous les deux? Est-ce qu’on peut y aller sans avoir besoin de la belle-famille? Quelles relations aura-t-on avec elle? Et s’il y a naissance d’un enfant, que fera-t-on? Quel attachement a le conjoint avec sa famille? Lui sera-t-il facile de se détacher de leur influence? Peut-il subir des attaques culpabilisantes (très dures à vivre)?

Surtout, il faut que le conjoint sache où il se situe. Il existe des couples mixtes qui vivent avec leur conjoint dans leur pays alors que leur famille les rejette. Ils ont pris parti pour leur conjoint contre leur famille. Mais je ne sais pas comment ils gèrent cette déchirure interne… Apportez-nous votre témoignage dans les commentaires si c’est votre cas!!

D’autres ont fini par partir afin d’aller vivre loin de l’influence négative de leur parenté. Là encore, c’est une déchirure en faveur du couple. Comment le vit-on? J’appelle aux témoignages!!!

Enfin, d’autres finissent par se séparer, cédant à la pression familiale et sociale. Très souvent, cela est la conséquence d’une mixité religieuse qui ne peut s’assumer.

Et vous savez quoi? Dans tous ces cas de figure, c’est dur, c’est douloureux, mais c’est la vie! C’est la conséquence de nos choix. Il est important de se rappeler qu’il n’y a aucune garantie d’être heureux, en paix, riche, beau, minces, en bonne santé, etc, etc… Nous ne signons pas de contrat avec la vie. Elle ne nous doit rien.  Nous avons des idéaux, des rêves, des objectifs (inculqués par la société ou mûris par nos soins). Parfois nous y arrivons, parfois, nous nous trompons. On peut avoir à vivre des choses douloureuses. Ce qui importe donc, c’est d’être conscient des choix que l’on fait et de leurs possibles conséquences. Assumer qui on est et ce que l’on veut, afin de pouvoir vivre sereinement avec le résultat de nos actes.

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Quand on va dans un pays tiers

Pour le travail ou pour fuir des familles négatives, on peut décider de partir en exil dans un pays qui n’a rien à voir ni avec l’un, ni avec l’autre. Dans ce cas, la donne est encore différente.

Soit le travail va nous permettre de nous créer des relations, un réseau, des amitiés. Soit il nous faudra faire ce chemin-là tous seuls. Dans tous les cas, il faut bien se préparer pour que l’exil permette au couple de s’épanouir. Voici quelques bonnes questions à se poser:

Quelle est la place de la femme dans ce pays? Est-il possible pour elle d’y travailler? Si elle doit rester au foyer, mieux vaut qu’elle soit prévenue et d’accord… Qu’implique votre couleur de peau et vos origines géographiques dans ce pays? Le passé colonial de nos pays, dont nous ne nous sentons pas responsables, pèse encore lourd dans le regard que les autres posent sur nous. Les couples mixtes sont-ils compris et acceptés? Est-ce un pays très religieux? Existe-t-il un réseau des Français (ou Belges, ou autre) qui puisse vous aider à votre arrivée? 

Il est important pour les deux de bien se préparer, de se renseigner sur l’histoire, les us et coutumes, la politique du pays d’accueil. Il faut savoir où on met les pieds et ne pas simplement voir la carte postale du cocotier en bord de plage… Le quotidien se passe rarement à la plage…

3. Partir ou fuir?

Hum… La question qui fait mal! Mais il faut bien se la poser à un moment ou un autre. Si on a envie de partir, c’est bien que le soleil nous semble briller plus fort ailleurs… Il vaut mieux en être conscient et se demander ce que l’on est content de laisser derrière soi, et ce qui nous fait rêver ailleurs. En étant conscient de nos illusions, il sera plus facile de s’adapter à la réalité ensuite.

On part toujours pour résoudre ou obtenir quelque chose. Dans mon cas, nous avions le problème d’un travail qualifié pour Federico. Pour d’autres, c’est le racisme ambiant qui a motivé le départ. Pour d’autres encore, c’est le rejet et la lourdeur de la famille qui a fait fuir. Ou bien, c’est l’attrait d’un pays tropical et d’une vie moins stressante qui a motivé le départ. L’opportunité d’un travail mieux payé dans des conditions de carte postale… Que sais-je encore!

Dans tous les cas, il est bon de se poser la question en couple, car nous avons rarement les mêmes attentes. De plus, c’est en connaissant notre motivation à partir que nous pourrons organiser notre projet en fonction.

Si c’est pour des raisons de travail, il faut être sûr que les opportunités existent avant de partir bille en tête. Si c’est le racisme, assurez-vous qu’il n’existe pas à l’inverse dans le nouveau pays! Si c’est une vie “cool”, assurez-vous que vous aurez les moyens de la vivre! Le travail mieux payé va-t-il avec un pays dont vous pourrez supporter la culture?

Encore une fois, tout est possible tant qu’on ne se berce pas d’illusions mais que l’on construit un projet solide 😉

4. Toi qui t’exiles, es-tu prêt pour l’interculturel à grande échelle?

A moins que votre mixité ne soit de seconde génération ou simplement religieuse, en couple mixte, l’un des deux vit en exil, c’est un fait. Si vous vous apprêtez à changer de pays, il faut que celui qui jusque-là était chez lui, se demande s’il est prêt à devenir l’étranger du couple. Il y a plusieurs dimensions à cette question.

Pouvez-vous assumer d’être regardé comme étranger, d’avoir une place d’étranger dans la société?

Concrètement, cela va grandement dépendre de la vision qu’a cette société de votre couleur de peau, religion et/ou origines.

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Copyright Cédric Eberhardt. https://www.flickr.com/photos/photochtone/

Par exemple, j’ai découvert en arrivant au Nicaragua le racisme “positif”, celui qui met les blancs étrangers au-dessus des locaux, surtout lorsqu’ils sont foncés… Plus facile d’obtenir un poste important, un regard globalement positif, des “passe-droits” sans même en demander, en même temps qu’une tendance à vous considérer comme un porte-monnaie ambulant. Saurez-vous assumer cette place? Ne pas faire gonfler votre ego illusoirement? Ne pas abuser ni vous laisser abuser?

A l’inverse, vous pouvez être dans le cas où votre couleur et vos origines vont vous mettre dans une position sociale désagréable, où il vous sera plus difficile de trouver un travail qualifié, où vous pourrez recevoir des quolibets racistes. Etes-vous prêt à assumer? Assez solide pour passer outre? Ne pas dégonfler votre ego illusoirement?

Pouvez-vous assumer de vivre dans une autre culture que la vôtre?

C’est votre tour d’être loin des vôtres, de vous habituer à une réalité différente. Peut-être la connaissez-vous par l’intermédiaire de votre conjoint. Peut-être est-elle neuve pour les deux. Dans tous les cas, ce que vous vivez en couple ne représente pas ce que vous vivrez en société.

En effet, un couple mixte qui fonctionne est un composé des deux cultures, une entité tierce. Ce que votre conjoint vous montre de sa culture n’est pas exactement ce que vous verrez dans son pays, car en vivant avec vous, il a inconsciemment adopté des traits culturels différents de ceux de son pays d’origine. C’est ce qu’on appelle l’acculturation. Et vous avez fait de même en vivant avec lui.

Ainsi, en arrivant sur place, même si vous y alliez régulièrement en visite, vous allez découvrir d’autres traits culturels. Les plus profonds. Les plus ancrés. Ceux qui prennent des années à comprendre et à nommer. C’est passionnant, et parfois difficile.

Il est bon de se préparer moralement en étant conscient que tout n’est pas acquis, que le départ représente une grande aventure humaine au-delà du cercle de la famille restreinte. Si vous partez dans un pays tiers, alors il est encore plus indispensable de se préparer en se renseignant un maximum.

Et en s’exerçant à la rencontre interculturelle. Pour cela, je vous invite, si ce n’est déjà fait, à télécharger mes vidéos sur l’iceberg interculturel, c’est un bon exercice de préparation 😉

5. Questions pratiques…

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Une fois que vous vous êtes décidés, que vous êtes motivés et au clair avec vos attentes respectives, voici quelques questions importantes d’ordre pratique:

  • Est-il facile et abordable de rentrer régulièrement vous ressourcer chez vous (en admettant que vous n’ayez pas fui votre entourage)? Et avec des enfants?
  • Pour combien de temps partez-vous? Est-ce un projet d’un an, deux ans, indéterminé, définitif? Le déménagement sera différent en fonction, ainsi que la réaction de vos proches à l’annonce du projet. 
  • Y a-t-il sur place un réseau de personnes de même origine que vous? Peut-il vous aider dans votre installation? Peut-il être un lieu de ressourcement?
  • Y a-t-il sur place des activités susceptibles de vous intéresser? D’intéresser vos enfants? Abordables?
  • Allez-vous vivre en ville? Etes-vous prêts à vivre en condominium fermé? Si non, qu’en est-il de votre sécurité sur place?
  • Vos proches, que vous laissez, sont-ils en mesure de s’équiper et d’utiliser les moyens modernes de communication instantanée? Personnellement, ma vie a changé à l’arrivée de Whatsapp. Sans vouloir faire de pub! Tout à coup, j’ai pu avoir des conversations triviales avec ma famille, à 10 000 km! Quel soulagement!

Il y a sûrement encore des centaines de questions à se poser, mais je vais laisser vos yeux et votre cerveau se reposer après tant de questionnements! Je vous souhaite de beaux projets de départ!

N’oubliez pas de poser vos questions, poster vos commentaires, ci-dessous!! 


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