5 clés pour un couple mixte épanoui


La mixité en couple, Réfléchir sur soi pour grandir ensemble / jeudi, août 2nd, 2018
Partager l'article :
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

J’aimerais apporter une précision d’emblée. Ces 5 clés sont très importantes dans le cas d’un couple mixte, mais elles sont tout aussi utiles pour un “couple homogène” (j’invente cette désignation par contraste avec “couple mixte”, qu’en pensez-vous?).

En réalité, je suis persuadée que tous les couples sont soumis aux mêmes contraintes car il existe des différences entre les conjoints dans tous les couples. Donc, tous peuvent utiliser les mêmes outils.

Cependant, je pense que les couples mixtes ont un grand défi qui est aussi un avantage : les différences entre les conjoints font partie de ce qui les a attirés l’un vers l’autre. Ainsi, le défi est plus grand car les différences peuvent être plus importantes. Mais en même temps, il leur est nécessairement plus naturel de les reconnaître.

couple discussion
Designed by Bearfotos / Freepik

Trois ingrédients pour bien démarrer

Curiosité

La première qualité indispensable pour fonder un couple mixte qui réussit, c’est d’être curieux de l’autre et de sa culture. Élémentaire mon cher Watson.

Dans le cas de couples fondés sur l’attirance amoureuse, cette curiosité est généralement présente. C’est souvent l’attrait pour une certaine culture qui nous amène à nous mettre en couple avec l’un de ses représentants, que ce soit une décision consciente ou bien le hasard des rencontres (à force de la côtoyer).

Cependant, cette curiosité n’est pas garantie à vie, elle est amenée à se transformer et peut aussi disparaître (voir paragraphe Connaissance de soi).

Acceptation mutuelle

Il ne suffit pas d’être curieux. Il faut encore accepter d’être bousculé dans ses convictions.

  • Accepter que tout ne soit pas comme on nous a appris que cela devait être.
  • Accepter de dépasser les préjugés, même positifs.
  • Accepter que l’on puisse agir et voir le monde de différentes manières.

Respect

L’acceptation reste plutôt dans la sphère intellectuelle, cognitive. Je sais et j’accepte.

L’acceptation qui passe dans les faits, c’est le respect.

Un exemple concret

Prenons un couple mixte dont les deux conjoints n’ont pas la même religion.

Le premier pas pour que cela fonctionne, c’est que chacun s’intéresse à la croyance (ou absence de croyance) de l’autre. C’est la curiosité, l’élan premier.

Une fois la curiosité satisfaite, on peut être capable d’accepter cet état de fait: mon conjoint ne croit pas aux mêmes choses que moi. Je sais à quoi il croit. Cela ne me dérange pas assez pour avoir envie de mettre fin à la relation. C’est l’acceptation.

Enfin, si la relation en vient à la cohabitation, il va falloir que je donne la possibilité à mon conjoint de prier, ou ne pas prier, comme il lui convient. Sans commentaires. Sans exigences. Sans questionnement. C’est le respect.

Sentez-vous comme cela est plus facile à dire qu’à faire? C’est qu’il nous manque la dimension émotionnelle.

La clé indispensable: la connaissance de soi

Sans elle, les trois premières dimensions ne tiennent pas dans la longueur. La connaissance de soi nous permet de travailler notre acceptation émotionnelle de la différence. La plus longue à obtenir. Le travail de toute une vie. Passionnant 🙂

chemin de vie
Designed by jcomp / Freepik

Les débuts et la minimisation des différences

Les couples fondés sur l’amour connaissent en général une période fusionnelle qui peut durer deux ans.

Pendant cette phase, les conjoints ont tendance à se concentrer sur ce qu’ils ont de commun, ce qui les unit. Les divergences sont en général largement minimisées, de peur de casser “l’alchimie.”

Pour un couple mixte, c’est une période fondamentale, car elle permet de se rendre compte des similitudes au-delà des évidentes différences culturelles. Ainsi, il y a à la fois l’élan de curiosité envers ce qui fait l’exotisme du conjoint, et la valorisation de tout ce qui nous en rapproche malgré cela.

De cette manière on se rend compte des bases sur lesquelles on pourra construire un socle commun. Et s’il n’y en a pas assez, si les divergences dominent, on arrête là. C’est douloureux, mais au moins, on se respecte assez soi et l’autre pour ne pas se mettre en souffrance.

Assumer les différences

Une fois la “lune de miel” fusionnelle passée, on laisse nos différences prendre leur place. C’est souvent là que des couples se séparent, car ils ouvrent les yeux sur des réalités qu’ils avaient minimisées jusque-là. Si l’exotisme de l’autre a pu attirer au début, il peut alors être mal vécu (car ressenti comme trop différent) et la curiosité s’éteindre.

Pour tenir, le couple doit évoluer vers une recherche d’équilibre entre deux vécus différents. Chez les couples mixtes ces vécus sont carrément deux (ou plus) cadres de référence culturels distincts.

Les différentes strates culturelles

Du plus évident…

Il y a d’abord les différences qui ont attisé notre curiosité et intérêt pour l’autre et son groupe culturel. 

Il peut s’agir d’éléments comme la langue, la cuisine, la musique, l’art, les tenues vestimentaires… Là-dessus, on peut assez facilement se mettre d’accord en général (sauf si la tenue a une signification plus profonde: religieuse ou sociale).

Ce sont plutôt des éléments qui égayent le quotidien, y mettent du piment, et entretiennent les conversations. Ils prennent plus de place au début de la relation, quand tout est neuf.

…au subtil…

Il y a des composantes de la culture que l’on remarque assez rapidement lorsque l’on cohabite. Elles portent sur des éléments comportementaux comme les règles de bienséance, de séduction, l’usage de tel ou tel outil pour le ménage ou la cuisine…

Elles peuvent être sensibles (comme la politesse) mais elles ne touchent pas à l’identité individuelle. Ce sont plus des coutumes que des valeurs. Elles sont en partie négociables.

… pour arriver au plus profond.

Enfin, il est des thématiques très délicates. Elles touchent aux valeurs identitaires de chacun.

On peut citer les rapports hommes/femmes, l’éducation des enfants, la religion, la place de la famille, le rapport à l’argent, le rapport au sexe, la vision du couple, etc….

Ces divergences demandent un certain temps de cohabitation pour se révèler dans toute leur ampleur, et parfois l’arrivée des premiers enfants. Leur émergence peut être une cause de séparation.

Car il est beaucoup plus difficile de trouver un accord sur ces points-là sans un travail de discernement personnel.

Ces valeurs sont si constituantes de l’identité individuelle qu’elles ont une charge émotionnelle énorme. Elles peuvent évoluer, mais seulement si la personne qui les porte en a le désir profond. On ne peut pas changer ces valeurs-là pour “faire plaisir à l’autre”.

Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va

connaître ses valeurs
Designed by Freepik

Dans tous les couples il est essentiel d’être conscient de ce qui constitue notre identité individuelle afin d’avoir une relation respectueuse de soi et de l’autre. Mais dans un couple mixte, il est en plus nécessaire d’être bien conscient de la culture à laquelle on appartient.

En conscientisant les normes, valeurs, attentes du groupe culturel auquel on appartient initialement, on est mieux à même de décider de leur importance réelle pour nous en tant qu’individu. C’est-à-dire de voir jusqu’à quel point on est prêt à les négocier ou non.

Toutes les valeurs identitaires d’un groupe ne sont pas forcément vécues comme telles par les individus. Par exemple, certains attachent de l’importance à la religion tandis que d’autres non.

Grâce à ce travail de discernement, on peut décider de ce avec quoi on veut bien composer, et de ce à quoi il est impossible de toucher sans se perdre.

Et c’est un avantage énorme du couple mixte que de nous inviter à faire ce travail! 😉

Et dans notre exemple?

Ce couple est ensemble alors que les conjoints ne partagent pas la même religion. Or nous savons que cela fait partie a priori des valeurs culturelles constituantes. Je vois trois options possibles:

  • Les conjoints ont hérité d’une religion mais n’ont pas d’attache affective avec. Elle ne constitue pas alors une barrière émotionnelle forte, n’étant pas fondamentalement constitutive de leur identité. Si c’est le cas pour les deux, il n’y a pas lieu de négocier à ce sujet. Si l’un des conjoints a une attache affective et l’autre non, il est souvent possible pour ce dernier de permettre à l’autre de vivre sa croyance comme il l’entend. Voire même de se l’approprier.
  • Les conjoints attachent de l’importance à leur croyance et ils n’en ont pas conscience dès le début. Ils ont minimisé cet aspect en valorisant une dimension universelle (“on croit tous les deux dans un Dieu unique, même si ce n’est pas de la même façon”; “il ne croit pas en Dieu mais il a la même vision de l’humain que moi”). Lorsque la cohabitation commence, et surtout à la naissance d’un enfant, cette valeur constitutive cherchera à reprendre sa place, et cela peut être très douloureux car la dimension émotionnelle éclatera sans qu’on s’y soit préparé.
  • Les conjoints attachent de l’importance à leur croyance et ils en ont conscience dès le début. Chacun s’est interrogé pour savoir la place réelle qu’avait la religion (ou l’absence de religion) dans sa vie. Ils ont décidé qu’ils pouvaient cohabiter avec une autre croyance, tant que celle-ci n’était pas imposée. Cela peut fonctionner très bien tant que le respect existe. Il faudra cependant en parler ouvertement avant l’arrivée d’éventuels enfants afin de savoir ce qui sera fait à ce sujet à leur naissance.

Une dernière clé: le dialogue

Face aux difficultés posées par la cohabitation de différences culturelles, le dialogue est essentiel. Je ne parle pas ici des discussions prosaïques de tous les jours.

Non, je parle d’échanger à cœur ouvert des peurs, présupposés, colère, rejet, ou au contraire attirance, joie, amour, que peut nous inspirer tel ou tel trait culturel de l’autre. Et là, pas question de se limiter aux valeurs identitaires fortes. On peut discuter de toutes les strates culturelles.

L’important, c’est de le faire dans le respect, de soi et de l’autre. Et pour les discussions que l’on prévoit houleuses, mieux vaut les tenir à l’abri des enfants ou de la famille, et s’aider de la communication non violente (CNV, voir ici).

Un dialogue ouvert et respectueux permet de mieux discerner les besoins et aspirations de chacun, et ainsi de décider ensemble de la meilleure route à suivre. Mais il n’est pas évident à mettre en place:

  • soit pour des raisons émotionnelles: le thème de discussion est très sensible et les émotions à fleur de peau. On peut dans ce cas faire appel à un médiateur compétent qui nous aidera à prendre le recul nécessaire.
  • soit pour des raisons culturelles: le développement personnel n’est pas une notion universelle du tout, et la vision des rôles sociaux des deux sexes peut aussi ne pas laisser d’espace au dialogue.

Dans tous les cas, il faut commencer par se respecter et s’accepter soi avant de pouvoir faire ce cadeau à l’autre.

Merci d’avoir lu cet article. N’hésitez pas à partager votre expérience, vos doutes, vos envies d’articles dans les commentaires ci-dessous.


Partager l'article :
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    15
    Partages
  • 15
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *