Bilan CNV 4: l’empathie


Communication Non Violente, Défis, Réfléchir sur soi pour grandir ensemble / mercredi, septembre 26th, 2018
Partager l'article :
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Bienvenue dans ce bilan d’étape numéro 4 de mon défi “Communication Non Violente.”Comme Marshall Rosenberg nous le rappelle si bien, nous ne pouvons donner ce que nous n’avons pas. Alors je vais commencer cet article par un peu d’auto-empathie! 😉 Voici un exemple de dialogue interne sur le mode CNV (enfin, j’espère!) :

  • Moi: “Au moment où j’écris ces lignes, je me sens contrariée parce que j’ai deux jours de retard sur mon programme. J’ai besoin de tenir mes engagements pour ne pas me sentir en faute.”
  • Petite Voix: “Est-ce que tu te sens coupable lorsque tu ne tiens pas tes engagements?”
  • Moi: “Oui. Parce que j’ai l’impression que j’ai déçu, voire trahi, l’autre en ne tenant pas mon engagement.”
  • Petite Voix:  “Est-ce que tu te sens contrariée parce que tu penses avoir déçu ou trahi l’autre?”
  • Moi: “Non, pas contrariée. En fait, j’ai peur de ne pas être aimée si je ne fais pas toujours de mon mieux. Donc, si je ne respecte pas ma promesse.”
  • Petite Voix:  “Est-ce que tu te sens apeurée parce qu’en ne tenant pas ta promesse, tu penses ne pas avoir fait de ton mieux et donc, tu penses ne pas mériter l’amour de l’autre?”
  • “C’est ça. Mais l’amour, ça ne se mérite pas. Ou bien?”

Voilà à peu de choses près ce que j’aurais pu me dire à moi-même aujourd’hui, en vous écrivant.

Suite à ce dialogue, j’aurais beaucoup de choses à dire autour du thème de “l’amour qui se mérite” contre “l’amour qui se donne”. Ou encore sur “la permission de relâcher la pression” (surtout chez la femme) et le “droit à la joie et à la légèreté”. Mais aujourd’hui, je veux vous parler de l’empathie, la compassion, ce qu’elles sont et ce qu’elles ne sont pas. Et aussi, de l’écoute qu’elles permettent d’offrir.

Définitions

L’empathie

Je reprendrai ici la citation que Marshall Rosenberg fait lui-même du philosophe chinois Tchouang-Tseu pour la définir:

“L’écoute exclusivement auditive est une chose. L’écoute intellectuelle en est une autre. Mais l’écoute de l’esprit ne se limite pas à une seule faculté – l’audition ou la compréhension intellectuelle. Elle requiert un état de vacuité de toutes les facultés. Lorsque cet état est atteint, l’être tout entier est à l’écoute. On parvient alors à saisir directement ce qui est là, devant soi, ce qui ne peut jamais être entendu par l’oreille ou compris par l’esprit.”

Les mots sont des fenêtres, ou bien ce sont des murs; pp121-122.

Mmmm… Plus facile à dire qu’à vivre!!! Rares sont les personnes qui font preuve d’une véritable empathie, car cette vacuité demande une vraie disponibilité. Il s’agit de s’écarter de tous les a priori et stéréotypes que nous véhiculons malgré nous pour faire place à l’autre: sans jugement, sans peur, sans attente, sans exigence.

La compassion

Renaud Perronnet, lui, parle de compassion. Un mot qui signifie dans son étymologie “souffrance avec”. Avec Nietzsche, il nous met en garde contre une mauvaise application de cette notion: il ne doit pas s’agir de souffrir avec l’autre, ce qui ne ferait que multiplier la souffrance au lieu de la réduire. 

R. Perronnet précise sa pensée à l’aide de Pema Chödrön, et du bouddhisme. Compatir, ce serait en fait reconnaître la souffrance de l’autre et notre impuissance face à elle. Accepter que l’autre souffre, accepter que nous sommes impuissants à lui éviter cette souffrance, donc ne pas le consoler ou le rassurer précipitamment. Au lieu de cela, écouter sa souffrance et la laisser nous toucher sans la faire nôtre, ni la refuser en la niant.

En nous laissant toucher par la souffrance de l’autre, nous accédons à une autre dimension de la relation, où chacun reconnaît en l’autre un être humain égal.

Cet accueil sans rejet ni “solution” est bien plus efficace que n’importe quelle consolation ou conseil non demandé. Bien souvent, il suffit de cette immense qualité d’écoute pour que la personne, reconnue dans ce qu’elle vit, se sente soulagée.

La sympathie

Marshall Rosenberg utilise le mot “compassion” dans son sens étymologique de “souffrance avec” et met aussi en garde contre:

Si nous pouvons parfois choisir de compatir avec l’autre en partageant ses sentiments, il convient de garder à l’esprit qu’il s’agit de sympathie, et non pas d’empathie”.

ibid, p125

Pourquoi ces deux auteurs préfèrent-ils l’empathie à la sympathie? En les lisant depuis un certain temps déjà, je pense que c’est parce que l’empathie permet un réel abandon du “pouvoir sur l’autre” et permet d’entrer dans un “pouvoir avec l’autre”. Voyons cela de plus près.

L’écoute empathique

Envers l’autre

L’écoute empathique est le mélange de deux ingrédients: une écoute accueillante et libre de jugement, ainsi qu’une paraphrase des dires de l’autre.

Bien se situer pour bien écouter

Le pouvoir sur l’autre

Lorsque quelqu’un se confie à nous, ou nous apostrophe pour nous reprocher quelque chose, nous avons tous (ou presque) le réflexe de le “prendre pour nous”. Ce faisant, on donne à l’autre un pouvoir sur nous, et on cherche donc à le reprendre sur lui.

Soit, capables de sympathie, nous cherchons à résoudre le problème de l’autre sans qu’il ne l’ait demandé. On se retrouve donc à donner des conseils qui n’ont pas été sollicités. A proscrire, car on empiète sur la liberté de l’autre.

Soit nous nous identifions (toujours par sympathie) au problème exposé au point que nous finissons par parler de nous! Vous savez, le fameux “Ah, comme je te comprends! L’année dernière, j’ai vécu la même chose et j’ai…” A proscrire aussi!

Soit, nous nous sentons accusés, car nous sommes habitués à prendre en charge les sentiments des autres. Dans ce cas-là, nous aurons tendance à fermer les écoutilles et à nous mettre en colère, sans parvenir au cœur du message qu’on voulait nous faire passer.

Conseiller, parler de soi ou se mettre sur la défensive sont autant de manières d’essayer de prendre le pouvoir sur l’autre. Pas parce que nous sommes des êtres foncièrement mauvais, mais parce que nous nous protégeons de la souffrance et de la peur qu’elle nous inspire. Nous n’osons pas nous laisser toucher.

Le pouvoir avec l’autre

Pour éviter ces écueils, l’écoute empathique invite à se situer dans cet espace de “vacuité” dont parle Tchouang-Tseu. Il s’agit (d’après ce que je comprends) de se brancher sur son humanité, en faisant fi des circonstances dans lesquelles on se trouve. 

Cela implique donc de passer par-dessus l’aversion et la peur que l’on peut ressentir face à la souffrance de l’autre. Cela suppose également d’être capable de passer outre les nombreux clichés et jugements qui s’enclenchent automatiquement lorsqu’on écoute quelqu’un. Rien de facile. Mais lorsqu’on y parvient, la qualité d’échange est telle qu’on n’a qu’une hâte: recommencer l’expérience.

Se laisser toucher par l’autre sans lui coller aucune étiquette ni présupposé est une expérience libératrice pour les deux partis.

Démontrer son écoute par la paraphrase

Une fois que l’on a réussi à se placer dans ce lieu d’écoute sans jugement, il ne nous reste plus qu’à en faire bon usage. 😉

Si l’attitude corporelle indiquera assez facilement à votre interlocuteur la qualité d’écoute que vous êtes prêt à lui offrir, il est bon de la lui confirmer en utilisant la paraphrase, comme proposé par la CNV.

Cette technique peut être un peu déroutante. Et délicate à appliquer. Son objectif? Reformuler ce qu’a dit votre interlocuteur afin de vérifier que vous avez compris d’une part ses sentiments, et d’autre part ses besoins. Souvent, il s’agit d’aller au-delà de paroles apparemment agressives pour trouver le sentiment et le besoin cachés.

Partons d’un contre-exemple: -“Tu ne m’écoutes jamais.” dit une femme à son mari. Réponse classique du mari: -“Si, je t’écoute.” A laquelle s’ajoutera la réplique de la femme: -“Mais non, tu ne m’écoutes jamais.”

Voilà ce que donnerait une écoute empathique avec paraphrase: -“Tu ne m’écoutes jamais.” dit une femme à son mari. Réponse CNV-paraphrase: -“Il me semble que tu es très frustrée car tu aimerais sentir plus de compréhension profonde lorsque nous parlons.” Dans l’histoire (vraie, racontée par l’auteur), la femme pleure d’émotion d’avoir été comprise!

C’est vraiment un mode de communication inhabituel pour la grande majorité d’entre nous!

L’importance du ton employé

Marshall Rosenberg nous invite à la plus grande prudence sur ce point.

En effet, si l’on emploie un ton péremptoire, on va donner l’impression à la personne qu’on veut lui expliquer ce qu’elle ressent. Cela risque d’être ressenti comme infantilisant ou inapproprié par la personne, qui coupera l’échange.

L’auteur invite à prendre garde à utiliser un ton qui montre que “nous voulons nous assurer d’avoir compris- et non que nous prétendons avoir compris.” (p131) Même ainsi, il est possible que la personne se sente déroutée par ce mode de communication inhabituel, et demande des comptes. Il faut alors persister à essayer de décoder sentiments et besoins.

empathie
http://cnv-apprentiegirafe.blogspot.com

Envers soi

Il me semble qu’être capable de s’écouter soi est un prérequis avant de prétendre essayer d’écouter les autres. D’ailleurs, l’écoute empathique est la 7ème étape de la CNV.

Avant, il faut avoir appris à écouter ses sentiments, à connaître ses besoins, à assumer la responsabilité de ses propres sentiments et besoins, à demander (sans exiger) ce dont nous avons besoin. Une fois arrivés là, on peut prétendre à l’empathie envers l’autre, car on a appris à s’écouter soi et non son juge intérieur.

Mais même ainsi, nous ne sommes pas toujours en mesure d’offrir à l’autre cette qualité d’écoute. Parfois, nos propres besoins nous en empêchent. Avant de pouvoir accueillir la souffrance de l’autre, il faut d’abord s’occuper de la nôtre. Comment? En écoutant sa voix intérieure. L’auteur propose trois voies différentes:

  1. S’écouter soi avec la même qualité d’écoute empathique que nous offrons aux autres (voir mon auto-dialogue plus haut). Si ce n’est pas possible, il y a deux autres solutions, ci-dessous exposées.
  2. Hurler en CNV: il s’agit de dire à l’autre ce que l’on ressent et ce dont on a besoin, mais en hurlant! L’auteur se donne en exemple. Après un séminaire particulièrement difficile, il rentre chez lui et trouve ses enfants en train de se battre. A bout, il hurle “Ecoutez, je vais mal! Je n’ai pas envie de m’occuper de votre bagarre. Je voudrais simplement avoir la paix et du calme!” Ce à quoi ses enfants lui ont demandé s’il voulait en parler 😉
  3. Si hurler ne suffit pas parce que la personne en face n’est pas en meilleure forme que vous, il convient de se retirer physiquement un moment. Histoire de respirer, se calmer, sentir de l’empathie envers soi-même, avant de retourner s’occuper de la situation.

On le voit, la Communication Non Violente utilise le principe du masque à oxygène: prendre soin de soi avant de pouvoir prendre soin de l’autre.

En conclusion

L’empathie, l’être humain en naît doté. Il apprend à ne plus lui faire confiance à force de maladresses éducatives de son environnement. La route est parfois longue pour retrouver cette faculté naturelle. Pourtant, elle est garante de relations humaines de qualité. 

Personnellement, je me sens parfois écrasée lorsque je conçois l’importance de la tâche, le gouffre qu’il y a encore entre ce que j’aimerais être et ce que je suis. Mais si j’utilise l’empathie envers moi-même, je suis capable de voir les besoins non assouvis qu’il y a derrière ce sentiment de dépression. Alors je peux être bienveillante envers moi-même et m’accepter là où j’en suis. Quand j’y arrive, ce sont des moments précieux! Je libère une énergie qui était restée bloquée, celle des sentiments non-reconnus.

J’espère que pour vous, ces réflexions font sens. N’hésitez pas à témoigner de votre vécu dans les commentaires, je les lis avec beaucoup d’intérêt et y réponds avec le plus d’empathie possible! 

Prenez-soin de vous!


Partager l'article :
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    6
    Partages
  • 6
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *