CNV-Bilan 3: harmonie, patience et rapports de force


Communication Non Violente, Défis, Réfléchir sur soi pour grandir ensemble / samedi, août 25th, 2018
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En réfléchissant au futur thème de mon blog, je faisais l’inventaire de ce qui fait sens pour moi dans la vie. Les moteurs qui me font avancer. Et j’ai découvert qu’ils avaient tous en filigrane un seul et même objectif: la quête d’harmonie.

harmonie
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Compréhension interculturelle, CNV, coopération internationale, éducation bienveillante, équitation douce, yoga, Power Brain Education, chant lyrique… tout mon parcours est lié à cela. Aussi, lorsque j’ai reçu le dernier article de Renaud Perronnet sur l’amour inconditionnel pour nos enfants, j’ai été très frappée par l’une de ses phrases:

C’est notre besoin d’harmonie et de sécurité qui nous pousse à employer de mauvais moyens pour nous faire obéir.

R. Perronnet

Force est de constater qu’en ce qui me concerne, rien n’est plus vrai.

Harmonie ou patience, il faut choisir

Quand harmonie rime avec frustration

J’ai beau me former à tout un tas de choses visant l’harmonie en soi et entre les êtres, j’ai bien du mal à les mettre en oeuvre comme je le voudrais au sein de ma famille.

colère
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Si je vois mes garçons se taper dessus au milieu d’un jeu, je n’arrive que rarement à rester calme et à entendre leurs besoins. Je me sens en général démunie face à la violence de ces échanges, et je me mets à crier. Tout en sachant pertinemment que je fais l’exact contraire de ce qu’il faudrait.

Je crie parce que je suis frustrée par le manque d’harmonie entre mes enfants. Je crie pour qu’ils m’obéissent et cessent de se taper dessus. Je crie pour qu’ils cessent et retrouvent leur entente habituelle. Je crie parce que je suis fâchée contre moi-même de perdre patience…

Vous admettrez avec moi que crier est un bien mauvais moyen d’atteindre ces objectifs!! Cela ne fait qu’abîmer la relation que j’ai avec mes enfants, sans réparer pour autant celle qu’ils ont entre eux. Objectif harmonie complètement raté!!!

L’harmonie, une quête mal placée?

En réalité, je crois que j’ai habillé du beau nom d’harmonie quelque chose de bien plus sombre.

dépendance affective
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Parce que finalement, l’harmonie c’est quoi pour moi? L’absence de conflit. Et la recherche d’absence de conflit c’est quoi? C’est la volonté de faire plaisir à tout le monde. Et ça, c’est ce que Marshall Rosenberg appelle la première phase de l’esclavage affectif, pendant laquelle:

nous sommes persuadés d’être responsables des sentiments des autres. Nous pensons devoir en permanence nous efforcer de faire plaisir à tout le monde. Si les autres paraissent mécontents, nous nous sentons responsables et obligés d’y remédier. Cette attitude peut aisément nous mener à considérer les gens qui nous sont les plus proches comme des poids.

Les mots sont des fenêtres, p82

C’est la fameuse obligation de répondre aux besoins des autres dont je vous parlais ici.

Je pense avoir maintenant commencé à émerger de cette phase. J’entre peu à peu dans la deuxième: la phase “exécrable”. C’est celle où nous éprouvons de la colère, où nous ne voulons plus endosser la responsabilité des sentiments d’autrui. Mais nous ne savons pas encore comment arrêter l’engrenage de l’esclavage affectif.

Mais alors, si la recherche d’harmonie cache l’esclavage affectif, que me faut-il viser pour le dépasser???

Vivre et patienter

La réponse, R. Perronnet la donne en citant une moniale bouddhiste, Pema Chödrön, qui explique qu’il vaut mieux avoir le désir d’être vivant plutôt que de rechercher l’harmonie si l’on veut croître en patience.

Effectivement, c’est parce que je me crois dans l’obligation de subvenir aux besoins de tous (pour atteindre l’harmonie) que je vis en réalité dans la frustration permanente.

Et parce que je suis frustrée de ne pas atteindre cet objectif impossible, que je crois vital pour moi, je suis impatiente. Puis, impatience et frustration me conduisent vers la colère.

Au final, je dépense autant d’énergie à servir l’esclavage affectif dans lequel je me trouve qu’à le combattre. Ereintant! Frustrant! Il faut changer le fusil d’épaule.

Objectif acceptation

Si je suis les conseils de la moniale et que je me dis que mon objectif, c’est de me sentir vivante, cela change tout. Car vivre implique des conflits, des incompréhensions, des oppositions, des erreurs, des gaffes, et toutes les autres imperfections existantes, en plus de tous les moments harmonieux et agréables.

Donc, si je me donne pour objectif de me sentir vivante à travers tout ce qui m’arrive, la frustration disparaît. Elle laisse place à l’acceptation de ce qui est. A l’accueil de ce qui est. Au vrai amour en somme.

acceptation
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Qu’est-ce que le vrai amour? C’est l’amour inconditionnel dont nous parle R. Perronnet dans son article. C’est l’amour parce que tu es, et non parce que tu fais ce que je veux, réponds à mes normes, mes besoins, mes valeurs, mes règles… Cet amour inconditionnel, peu d’enfants le reçoivent. Et en tant qu’adulte, il faut déjà se l’offrir à soi-même pour le donner à sa progéniture… ou à son amoureux!

L’amour inconditionnel, c’est aussi la troisième phase dont parle M. B. Rosenberg: la libération affective. Lorsqu’on y est,

nous réagissons aux besoins des autres uniquement par bienveillance et jamais par crainte, culpabilité ou honte. Nos actes nous satisfont donc autant qu’ils satisfont ceux qui reçoivent le fruit de nos efforts. Nous prenons la totale responsabilité de nos intentions et de nos actes, mais pas celle des sentiments des autres.

p

Je n’y suis pas encore! Je compte bien sur la pratique de la CNV pour avancer sur ce chemin-là! Je pense qu’en cherchant à me sentir vivante, je vais avoir plus de facilité pour reconnaître mes besoins, et ceux des autres. Et je pourrai plus facilement entrer dans l’inconditionnel.

Accepter les conflits et refuser les rapports de force

Je crois que ce qui a motivé ma quête perpétuelle d’harmonie/ absence de conflits, c’est la fuite des rapports de force. J’y ai toujours été très sensible, et j’ai toujours cherché à les éviter.

Qu’est-ce qu’un rapport de force?

C’est lorsqu’une personne est en position d’autorité sur une autre et lui exige quelque chose. Si ma position (sociale, familiale, sexuelle) me donne autorité sur l’autre (subordonné, enfant, femme), alors je crois être légitime dans mon exigence, voire, je pense devoir exiger pour “le bien” de l’autre. Or si j’exige, l’autre se défend. Peut-être pas de manière directe ni visible, mais il le fait. 

Il se trouve que la CNV a ceci de fondamental qu’elle cherche à transformer nos exigences en demandes. Rappelez-vous:

  1. J’observe une situation qui affecte mon bien-être
  2. Je réagis à cette situation par un sentiment
  3. Je cerne les désirs, besoins ou valeurs qui ont éveillé ce sentiment
  4. Je demande à l’autre des actions concrètes qui contribueront à mon bien-être

Comment sait-on s’il s’agit d’une demande ou d’une exigence?

C’est simple. Si la personne ne répond pas favorablement à la demande (car celle-ci empiète sur ses propres besoins) et que l’on réagit par la culpabilisation, la honte, la colère, le reproche, ou tout sentiment autre que l’empathie, on sait qu’on était en fait en train d’exprimer une exigence.

Vouloir changer ce paradigme, vouloir passer de l’exigence à la demande, est en fait une vraie révolution de la relation! Car cela nous fait passer d’un rapport de force vertical à une relation horizontale. Et de la dépendance à la liberté affective.

Être capable d’entendre le non de l’autre et le respecter, ce n’est pas facile pour la majorité d’entre nous. Entendre son propre non et demander à ce qu’il soit respecté non plus. Trouver un terrain d’entente sans avoir recours à autre chose qu’à l’empathie, bien peu d’entre nous y sommes entraînés!!!

Se faire obéir sans exiger?

En m’intéressant à la CNV, je me rends compte que l’on peut avoir des conflits (c’est-à-dire des besoins qui ne sont pas en phase) sans être obligé de les régler par des rapports de force.

Par ailleurs, la CNV démontre que l’on peut obtenir des comportements de l’autre sans passer par l’exigence.

Comment? En misant sur le besoin humain naturel de respecter la loi de réciprocité: traiter l’autre comme on aimerait être traité (cette règle d’or est d’ailleurs la seule universellement présente dans toutes les religions). Demander et non exiger.

M. B. Rosenberg constate en effet que les personnes répondent bien plus facilement positivement à une demande qu’à une exigence. Mieux: si la personne comprend qu’elle peut répondre au besoin de l’autre, elle le fera volontiers. N’est-ce pas une bonne nouvelle?

Et si le conflit persiste, si les besoins des uns et des autres ne sont pas compatibles, le fait de le reconnaître ôte tout rapport de force et on peut se quitter bons amis.

Conclusion

Cela fait un moment que j’ai décidé de sortir des relations verticales pour essayer de construire des relations horizontales. Ma recherche d’harmonie part du principe fondamental d’égalité entre tous les humains(eh oui, je suis occidentale et universaliste sur certains points 😉 ). Je me rends compte grâce à ce défi CNV que ce n’est pas suffisant. Ou plutôt, que ce n’est pas le bon angle.

Alors j’ai décidé d’essayer de me sentir vivante. Et j’ai décidé d’essayer de célébrer ce sentiment et de le rechercher lui, plutôt qu’une harmonie finalement généralement inexistante dans mon quotidien.

Hier soir, j’ai été mise à l’épreuve. Après une journée rocambolesque qui m’a bien fatiguée, mes enfants se sont remis à se taper dessus. Et je me suis dit, “c’est normal, nous sommes vivants”. Vous savez quoi? J’ai réussi à ne pas crier! Je n’ai pas vraiment su quoi faire d’autre, mais au moins, je me suis sentie mieux, et leurs pleurs ont duré moins longtemps. J’ai réussi à ne pas jeter de l’huile sur le feu. Et pour cette toute petite victoire, je me suis célébrée.

Et vous, où en êtes-vous dans les 3 phases de la dépendance affective? Arrivez-vous à vous sentir vivant? Partagez votre vécu dans les commentaires!


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3 réponses à « CNV-Bilan 3: harmonie, patience et rapports de force »

  1. Bravo pour cette nouvelle remise en question et surtout pour ne plus vouloir conformer les autres à tes besoins (bravo à nouveau pour cette prise de conscience de savoir laisser à l’autre le choix de répondre à une demande ou non).
    Pour les enfants cependant, il n’est pas aisé de savoir détourner leur attention, de ne pas les frustrer quand on cesse le conflit (car il y a souvent dans la fratrie un-e “taquineur-se/tactile” et un-e excédé-e [d’où naissance du conflit physique]) en ne voulant favoriser aucun des enfants. Il faut garder en tête que leur maturité affective n’est pas identique à la nôtre et que peut être le conflit physique (jusqu’à un certain point) fait partie de leur apprentissage.
    Bonne continuation en tous les cas dans cette direction “se sentir en pleine vie = se confronter à des conflits”.

    1. Effectivement, le conflit physique fait partie de leur apprentissage. Ils se laissent déborder par leurs émotions et elles s’expriment par là aussi. Le problème, c’est quand l’adulte référent aussi se laisse déborder par ses émotions! Souvent, c’est le cas parce que petit, on en lui a pas appris à les accueillir mais à les contrôler pour se conformer aux attentes des adultes. Une fois dans la position d’autorité lui-même, les freins lâchent…

      Mais dans mon cas, en plus de tout cela, il y avait cette recherche erronée d’harmonie qui me mettait une énorme pression et baissait un peu plus mon seuil de tolérance, envers eux et envers moi-même.

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