La politique et le couple


La mixité en couple, La mixité en société / samedi, septembre 15th, 2018
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A l’heure actuelle, le monde semble secoué sur tous les fronts: changement climatique, hyper-consommation, pollutions en tout genre, réduction drastique de la biodiversité, guerres pétrolières, guerres pour l’eau, guerres économiques, migrations, radicalisation, terrorisme, dictatures, inégalités sociales, géographiques, raciales, sexuelles… La souffrance semble être partout et toucher aussi bien les humains que la nature… Et ce, de manière de plus en plus drastique.

Les crises font mal. Elles marquent la fin d’une époque et ouvrent sur une période de grande incertitude. Quand on y est, on essaye tant bien que mal de comprendre ce qui se passe, de trouver sa position et de s’y tenir. Mais l’on est parfois dépassé, surtout lorsque des enjeux complexes s’y jouent. Seule certitude: la douleur engendrée.

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Copyright Alex Bruda

Actuellement, mon pays d’accueil, le Nicaragua, est en pleine crise politique. Violente. Cruelle. Complexe. Déchirante. C’est la fin d’une période. On ne sait pas vers quoi l’on va.

Dans mon pays d’origine, la France, l’actualité est certes moins violente, mais elle me semble tout aussi en crise. Le modèle sociétal connu est remis en cause à différents niveaux et les gens en souffrent.

Dans les deux cas, j’observe des questionnements importants autour de la relation au pouvoir et le rôle du “chef d’Etat”.

Alors je me décide à prendre la plume pour vous offrir un article sur la notion de distance au pouvoir de Geert Hofstede, afin de mieux comprendre ce qui se cache derrière la notion de pouvoir et ce que l’on en attend inconsciemment en fonction de nos origines sociales ou géographiques.

Je trouve cela d’autant plus important que les questions politiques peuvent être des détonateurs puissants au sein du couple, et le mien n’y a pas échappé pendant ce conflit… Je vous en parle un peu plus bas.

(Le concept de relation au pouvoir fait partie de la troisième couche de l’iceberg culturel; pour plus d’info, je vous invite à télécharger mes vidéos sur ce thème.)

La distance au pouvoir, ou distance hiérarchique

Pour bien comprendre cette notion, il est plus aisé d’en opposer les deux extrêmes. Il faut cependant être conscient du fait que la réalité d’un pays est composite et se situe rarement totalement à une extrémité.

En effet, au sein de chaque pays, il existe des sous-groupes qui ont chacun leur propre position sur la question, en fonction de leur position sociale, de leur culture politique, de leurs croyances.

Voyons un peu les nombreuses composantes de la distance au pouvoir, ou distance hiérarchique.

Les inégalités

Dans un groupe à distance hiérarchique courte, les inégalités sont à éviter le plus possible. Elles sont indésirables.

Dans un groupe à distance hiérarchique longue, au contraire, les inégalités sont vues comme naturelles. Chacun a une place attitrée. L’existence d’un ordre social protège tout le monde, ceux du haut comme ceux du bas.

La hiérarchie

Tout à fait logiquement, la hiérarchie n’est pas bien vue dans une société à distance courte, car elle est perçue comme étant à l’origine des inégalités. Or on sait que celles-ci sont à éviter pour ce genre de société.

De même, dans une société à distance longue, la hiérarchie n’est qu’une autre inégalité naturelle. Elle est donc acceptée.

Les relations subordonnés/supérieurs

Dans un groupe à distance courte, les subordonnés et les supérieurs sont considérés comme égaux. De ce fait, les supérieurs sont facilement accessibles.

Au contraire, dans un groupe à distance longue, les subordonnés considèrent leurs supérieurs comme des gens à part et de ce fait, inaccessibles.

L’égalité entre êtres humains

Bien évidemment, dans les sociétés à distance courte, tous les êtres humains sont considérés comme égaux. De ce fait, les personnes qui détiennent le pouvoir essayent de ne pas étaler leur puissance. D’autant plus qu’elles sont censées être accessibles.

Dans une société à distance longue, il est considéré comme normal que les détenteurs du pouvoir aient des privilèges. Il est même attendu d’eux qu’ils paraissent le plus puissant possible. Cela rassure sur la solidité du système en place. L’étalage de leur puissance ne fait que renforcer leur statut d’êtres à part, inaccessibles.

Relation entre pouvoir et force

Dans un groupe à distance courte, le droit prime sur la force. On n’a le droit d’utiliser le pouvoir et la force que pour faire le bien, et non le mal. Pour changer un système social, le meilleur moyen est donc de redistribuer le pouvoir, et non d’user de la force. En effet, on part du principe qu’il existe une harmonie latente entre ceux au pouvoir et les autres.

Pour la distance longue, c’est l’inverse. La force prime sur le droit car le pouvoir est légitime en soi. Il n’est pas légitimé par son usage (pour faire le bien ou le mal). Il existe de ce fait un conflit latent entre ceux qui sont au pouvoir et ceux qui n’y sont pas. On comprend que dans ce contexte, la meilleure façon de changer un système social, c’est de renverser ceux qui détiennent le pouvoir.

Interaction entre catégories sans pouvoir

Dans les groupes à distance courte, il est possible d’avoir des relations solidaires entre les gens qui ne sont pas au pouvoir, puisque tout le monde est égal.

Dans les groupes à distance longue, cela est beaucoup plus difficile, car il n’existe pas de confiance. Cela est dû à la relation conflictuelle au pouvoir et à l’existence de la hiérarchie dans la société.

Que nous apprend cette approche?

Il est évident qu’un tableau brossé aussi rapidement reste un peu grossier. A nous de nous en servir intelligemment pour comprendre la complexité de ce qui nous entoure.

Personnellement, cette synthèse m’inspire de nombreux éléments de réflexion. Vous me pardonnerez si je pars de mon point de vue universaliste occidental, je suis ce que je suis 😉

Regardons de plus près:

  • Tout le monde ne croit pas à l’égalité entre les êtres humains. Cela est difficile à avaler pour ceux d’entre nous qui y croyons dur comme fer, mais c’est ainsi. Il faut en être conscients.
  • Les inégalités sociales peuvent ne pas être combattues. De fait, cela a très longtemps été le cas en Occident, mais on a tendance à l’oublier. Encore une fois, pour les justiciers universalistes, cela peut paraître inhumain.
  • Pour certains, il est bon d’étaler sa puissance et sa position sociale supérieure. Ainsi, en tant qu’étranger, on peut être profondément agacé d’un comportement en fait accepté par la population concernée.
  • Tout le monde ne justifie pas la détention du pouvoir par l’obligation de faire le bien. Autrement dit, tout le monde ne croit pas que le droit prime sur la force. Certains politiques ne s’estimeront donc pas dans l’obligation de veiller aux intérêts de leur peuple et feront passer les leurs d’abord. D’autres n’hésiteront pas à user de répression pour se maintenir au pouvoir. Même lorsque l’Etat en question s’affiche “démocratique”.
  • Il est légitime aux yeux de certains de faire usage de la force pour obtenir le pouvoir. Encore une notion qui choquera les démocrates patentés parmi nous! Mais au moins, on comprend mieux d’où ça vient.
  • La solidarité entre personnes démunies de pouvoir n’est pas une évidence. Cela a été une découverte pour moi dans mon pays d’accueil, j’aurais bien aimé connaître cette notion de distance au pouvoir avant 😉

En conclusion

La vision que chaque nation véhicule sur le rôle des gens au pouvoir dépend de la vision des groupes qui la composent et en particulier, des groupes les plus socialement influents.

La distance au pouvoir d’une nation peut être longue sur certains points et courte sur d’autres. Par exemple, en France, nous sommes dans une distance courte car nous présupposons l’égalité entre les êtres humains, mais nous sommes aussi dans une distance longue car nous avons un fonctionnement étatique extrêmement hiérarchique.

La distance au pouvoir varie également en fonction du processus de construction historique de la “nation” (issue de royaumes, de tribus, d’immigration massive…), du système de croyances religieuses dominant lié au pouvoir, ainsi que de la place du pays dans les dynamiques mondiales. En effet, on n’aura pas la même vision si l’on vient d’une société chrétienne ou bien d’une société hindoue, ou si notre pays a colonisé ou a été colonisé…

Tous ces éléments nous rappellent que lorsqu’on parle de “démocratie”, on part à tort du principe que ce mot représente partout la même chose. En fait, les différences cultuelles et historiques donnent à cette notion une grande diversité de formes et de contenus.

Je ne dis pas que les différences culturelles doivent tout excuser, attention!!! Je dis qu’il faut les connaître pour mieux appréhender une situation donnée. Ne pas prendre ce à quoi l’on croit pour évident et universel, car s’est rarement le cas.

Je dis aussi qu’il y a des différences de point de vue irréductibles qui peuvent mener au conflit et rendent tout dialogue impossible.

La politique et le couple

Si j’ai voulu réfléchir à cette question, c’est justement parce que j’ai pu constater les tensions que le conflit politique au Nicaragua a pu engendrer au sein de mon couple, ou avec ma belle-famille.

Je pense ne pas être la seule à être confrontée à ce type de problématique. Couple mixte ou couple homogène peuvent avoir à y faire face, pour peu que notre moitié ou sa famille aient une opinion politique très différente de la nôtre. Que faire alors?

Se connaître

Si vous m’avez un peu suivie, cette préconisation ne vous étonnera pas. Ce sera toujours ma première réponse! Pour faire un pas vers l’autre, il faut avoir des chaussures en bon état, sinon on s’enfonce des épines dans le pied 😉

Dans le cas qui nous occupe, il ne suffit pas de connaître ses positions politiques, qu’elles soient héritées ou choisies. Il faut encore réaliser les valeurs qu’elles sous-tendent et qui sont profondément ancrées en nous.

Pour cela, pas besoin d’une longue séance de méditation 😉 Il suffit d’observer ses propres réactions face à un autre modèle politique, un autre point de vue. Elles nous aident à comprendre les valeurs qui nous habitent.

Connaître l’autre

Là encore, on peut avoir une première connaissance superficielle des valeurs de l’autre en fonction de ce qu’il affiche comme convictions politiques, pour qui il vote, etc.

En sus, il est bon de l’observer lors de conversations sur ce thème afin de voir jusqu’où ses valeurs et les nôtres correspondent. Comment? En remarquant lorsque nous sommes dérangés par ce qu’il dit, par les convictions qu’il affiche.

Pour vous donner un exemple concret, je parlerai de mon couple. Si nous avons des utopies politiques proches, je ne suis pas attachée à un parti alors que lui, oui. Et je remarque que c’est lorsque l’on touche à son attachement au parti que la discussion dégénère. En effet, il est issu d’un groupe à distance longue où la hiérarchie justifie l’absence de sens critique… Alors que je suis issue d’une culture à distance courte où l’égalité justifie le sens critique!!! Difficile parfois de s’entendre!! L’instabilité politique du pays nous a touché ainsi intimement.

Que faire en cas de conflit?

Je vous dirais volontiers de faire appel à la Communication Non Violente pour en parler, mais je sais d’expérience qu’il est très difficile d’y avoir recours sur des thèmes très profondément ancrés. Cela demande beaucoup de pratique!

Que faire en attendant d’en être capable?

Eh bien, personnellement, j’ai opté pour l’acceptation. Je ne peux pas transformer ces valeurs en moi, elles sont trop enfouies, j’y tiens trop. Je ne peux pas non plus les transformer chez mon conjoint, ou pire, mon beau-père.

Il se trouve que nos divergences, avec mon mari, ne nous gênent pas plus que ça au quotidien. Et je ne vis pas avec mon beau-père, je n’ai donc pas à souffrir de nos différences plus grandes. J’accepte donc de reconnaître qu’il y a quelque chose d’irréconciliable entre nous, qui n’empêche pas la relation de fonctionner (pour mon mari) ou d’être acceptable (pour mon beau-père).

Et vous, comment gérez-vous ces différences? Sur quoi portent-elles? Les divergences sont-elles trop énormes pour permettre à la relation de continuer?? Est-ce qu’au contraire, la politique vous rapproche? Faites-moi connaître votre situation dans les commentaires!


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2 réponses à « La politique et le couple »

  1. J’ai adoré l’article. Je connaissais les théories de Geert Hofstede (j’ai donné un cours sur la communication interculturelle), mais c’est la première fois que je les vois abordées dans le cadre du couple mixte et c’est très bien vu. Me femme étant mexicaine, ca me parle. L’article explique bien les raisons du malaise que ressentent généralement les Européens face à des sociétés très inégalitaires.

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