Les 8 types de mariages mixtes


La mixité en couple / samedi, juillet 28th, 2018
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En France, en 2015, on comptait 32 081 mariages mixtes célébrés en France, soit 14,4% des mariages cette année-là.  Mais attention! Il faut y ajouter les 42 133 mariages mixtes célébrés à l’étranger et retranscrits en droit français. Cela fait pratiquement doubler la proportion de mariages mixtes, puisque l’on arrive à un total de 27% de mariages mixtes cette année-là, soit un peu plus du quart (Parisien en France).

Mariages mixtes
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Devant ces chiffres assez impressionnants, on est en droit de se poser quelques questions. D’abord, qu’est-ce qu’un mariage mixte selon la loi française?

“La notion de mariage mixte retenue par l’État civil est fondée sur la mixité nationale au moment du mariage : est considéré comme mariage mixte, toute union entre un étranger et un Français, quelle(s) que soi(en)t leur(s) origine(s).” (Infos Migration n°2, novembre 2008)

Donc, quand on parle de mariages mixtes en France, quand on les chiffre, c’est à cela que l’on fait référence (pour un panorama complémentaire: la Croix). Mais cette définition ne suffit pas à rendre compte de la grande diversité de situations de ces unions. Et encore moins de leur mixité culturelle.

Statistiques couples mixtes
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Les 6 types de mariages mixtes qui rentrent dans ce cadre

Tous les mariages mixtes que je vais vous présenter ci-dessous répondent au critère retenu par l’État civil: ils ont été contractés entre un Français et un étranger. Ce qui varie, ce sont les origines du conjoint français. On s’est intéressé à ces origines afin de mieux comprendre les dynamiques en jeu dans les couples mixtes, notamment les liens entre l’immigration passée et présente.

Arbre généalogique
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Les trois premières configurations représentent à elles seules 87,9% des couples mixtes étudiés (tous les chiffres et citations présentés dans cette partie sont tirés d’Infos Migration n°2, novembre 2008).

  • Cas 1: le conjoint français est né en France de deux parents nés eux-mêmes en France (31,1 %).

Dans cette configuration, c’est plus fréquemment des femmes étrangères qui se marient avec des Français. Bon, mon couple fait donc partie des cas n°1 minoritaires, puisque l’étranger, c’est lui 😉

  • Cas 2: le conjoint français est né en France de deux parents nés à l’étranger (28,1%).

Dans la majorité de ces couples, l’étranger, c’est l’homme . En 2008, le mariage le plus représentatif de ce cas de figure était celui d’un Algérien se mariant à une Française dont les deux parents sont nés en Algérie.

  • Cas 3: le conjoint français est né à l’étranger de parents eux-mêmes nés à l’étranger (28,7 %).

Ici, on parle donc des personnes arrivées en France dans le cadre d’un regroupement familial et qui ont acquis la nationalité française ensuite. Dans quatre cas sur cinq, le pays de naissance du conjoint français, de ses parents et de son conjoint étranger est le même.

Qu’en est-il des 12,1% restants?

  • Cas 4: le conjoint français est né en France d’un seul parent né en France.

Le conjoint français est donc lui-même issu d’un couple mixte 😉

Là encore, l’étranger du couple est plus souvent l’homme.

La nationalité du conjoint étranger et celle du beau-père étranger sont généralement la même (quand c’est la belle-mère qui est étrangère, c’est moins vrai).

Le couple le plus représentatif de ce groupe serait celui d’un Algérien se mariant à une Française dont le père est Algérien (toujours en 2008).

  • Cas 5: le conjoint français est né à l’étranger de parents nés en France.

Il s’agit essentiellement de personnes nées dans un pays du Maghreb ou dans un DOM/COM. Ce sont par exemple des personnes nées en Algérie après l’indépendance de celle-ci, alors que leurs parents sont nés en Algérie quand elle était française.

Quelques cas de cette catégorie sont des enfants d’expatriés.

Lorsque le conjoint français est né dans un pays du Maghreb, son conjoint est très souvent maghrébin. Par contre, les conjoints étrangers des Français nés dans les DOM/COM ont des nationalités diversifiées.

  • Cas 6: le conjoint français est né à l’étranger de parents pouvant eux-mêmes être considérés comme couple mixte (l’un est né en France, l’autre à l’étranger).

Dans ce cas, la plupart du temps, les conjoints sont nés dans le même pays ; et ce pays est aussi en général le même que celui du père étranger du conjoint français.

Ce serait par exemple ce cas-là si l’un de mes enfants, nés au Nicaragua, se mariait avec une Nicaraguayenne.

Deux autres types de couples mixtes hors cadre

Voyons maintenant deux autres types de couples mixtes qui ne correspondent pas au critère “franco-étranger” retenu par l’Etat civil pour ses statistiques.

  • Cas 7: les couples mixtes franco-français.

    drapeau français
    Photo Frédéric Bisson

Il s’agit-là d’une configuration dans laquelle les deux conjoints ont la nationalité française, mais l’un d’entre eux, ou les deux, est français par acquisition.

Dans une étude datant de 2005 (Cahier de l’INED n°156), ces couples-là formaient respectivement 59,8% et 33,2% des couples interrogés (mariés ou en union libre) se déclarant mixtes.

  • Cas 8: les mariages mixtes dont les deux conjoints sont étrangers.

En 2015, 4% des mariages célébrés en France se sont fait entre deux personnes étrangères aux nationalités distinctes.

Derrière ces statistiques

Les chiffres, c’est pratique, ça dit beaucoup en un minimum de place. Ils ont l’immense avantage de nous permettre d’appréhender facilement une réalité complexe. Mais ils ont le défaut de leur qualité: ils simplifient la réalité humaine qu’ils exposent.

tableau de bord
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Cette schématisation est nécessaire afin de savoir quoi compter et comment. Pour faire des statistiques, on décide d’un ou plusieurs critères et on compte ceux qui y correspondent.

Dans l’ensemble des statistiques présentées plus haut, on a décidé que la nationalité était le critère central. On a ensuite considéré la nationalité des conjoints d’abord, puis la leur et celle(s) de leurs parents. La notion de nationalité a été retenue pour mesurer la mixité des couples parce que c’est un critère objectif, que l’on peut relever aisément, et qui est a priori logique.

Effectivement, cette approche semble évidente. On tombe d’emblée d’accord avec l’idée que des nationalités différentes signifient des cultures différentes, et inversement. Pourtant, cela est discutable.

Quelle mixité derrière les chiffres?

Quand nationalité et culture sont différentes

Il est vrai que dans certains cas, des nationalités différentes signifient des cultures différentes. Dans le cas n°1 par exemple. Toutefois, les auteurs de l’étude de l’INED rappellent qu’en général, les conjoints de ces couples ont généralement le même niveau éducatif et professionnel.

C’est le cas de mon couple. Nous avons des nationalités différentes et des cadres culturels différents car nous n’avons pas grandi dans la même langue ni le même pays. Mais nous avons tous les deux des origines sociales et éducatives équivalentes. C’est le socle qui nous permet de bâtir.

Quand les nationalités diffèrent mais pas la culture

En généralisant, dans les cas 2, 3, 4, 5 et 6, les nationalités des conjoints diffèrent, mais leur cadre de référence culturel est en partie commun.

On constate dans ces cas-là que la nationalité d’origine du (des) parent(s) étranger(s) du conjoint français est déterminante dans le choix d’un conjoint étranger.

Mais attention, cela ne signifie pas que tous les Français descendants d’immigrés (définition ici) soient en couple avec un étranger! Cela signifie simplement que lorsqu’ils le sont, ces Français choisissent plus facilement quelqu’un d’un groupe culturel qu’ils connaissent déjà.

Encore une fois, il faut bien un socle sur lequel bâtir.

Quand la nationalité est la même mais que les origines diffèrent

Il s’agit sans doute là du cas le plus contesté de mixité, notamment parce qu’elle interroge l’assimilation culturelle chère aux Français (voir concept dans cet article). En effet, nous parlons ici du cas n°7: quand un couple franco-français s’estime mixte, parce que l’un ou les deux est descendant d’immigrés.

On peut imaginer les couples suivants:

  • L’un est né en France de deux parents français et l’autre est né en France de deux parents immigrés.
  • L’un est né en France de deux parents français et l’autre est né en France d’un parent français et un parent immigré.
  • Les deux sont nés en France d’un parent français et un parent immigré; les parents immigrés viennent ou pas du même pays.
  • Les deux sont nés en France de deux parents immigrés; les parents viennent ou non du même pays.
  • L’un est né en France d’un ou deux parents français et l’autre est né à l’étranger d’un ou deux parents français. Les parents étrangers viennent ou non du même pays.
  • Les deux ont grandi en France mais l’un est né à l’étranger de parents étrangers.

Toutes ces situations ont un point commun: la mixité se base sur les origines immigrées du ou des parents du ou des conjoints. Dans tous les cas, les conjoints sont nés et/ou ont grandi en France. C’est donc là leur culture commune, leur culture socle.

Ces couples s’estiment donc mixtes parce que l’un, ou les deux, a grandi dans un cadre culturel multiple: d’un côté, la France comme lieu de socialisation; de l’autre, une culture (et parfois une langue) étrangère apportée par un ou deux parents dans le cadre du foyer.

Souvent, ces couples se disent mixtes non seulement parce que les conjoints ont un cadre culturel familial différent, mais parce qu’ils n’ont pas la même religion. C’est une question très répandue et parfois difficile à vivre.

En conclusion et pour résumer

La nationalité est un critère objectif pratique mais insuffisant pour juger de la mixité culturelle d’un couple.

3 grands groupes de couples mixtes semblent se dessiner au travers de ces statistiques:

  1. Les couples mixtes qui ont des nationalités et des cadres de référence culturels différents mais un niveau socio-professionnel équivalent (cas n°1 et 8).
  2. Les couples mixtes qui ont la même nationalité mais des cadres de référence culturels multiples (cas n°7).
  3. Les couples mixtes qui ont des nationalités différentes mais partagent un groupe culturel de référence (bien que vécu différemment par chaque conjoint). Ce sont les cas 2, 3, 4, 5, et 6.

Au final, la mixité culturelle est très subjective et vécue différemment par chaque couple. Et surtout, elle évolue avec le temps. De nombreux couples commencent par se vivre mixtes pour ensuite se défaire ce cette étiquette, ayant réussi à bâtir un socle commun assez solide pour s’en passer.

Et vous, quel couple mixte êtes-vous?

Commentez ci-dessous pour me dire dans quel cas de figure votre couple se trouve et comment vous vivez votre mixité!!


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2 réponses à « Les 8 types de mariages mixtes »

  1. Je trouve très intéressant les types de mixité relevés et démontrés et suis absolument convaincue qu’un socle commun est nécessaire pour toute relation -ici amoureuse, la rendant donc, comme tu le mentionnais au début de ton article “normale” aux yeux de ceux et celles qui la vive.

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