Les stéréotypes, comment ça marche?


La mixité en société, Réfléchir sur soi pour grandir ensemble / samedi, août 4th, 2018
Partager l'article :
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Au cours de ma longue carrière de bourlingueuse, j’ai eu le plaisir d’entendre un grand nombre de clichés sur les Français. Certains m’ont fait rire, d’autres réfléchir… Je vous en soumets ici quelques-uns :

  • “Les Français sont radins.”
  • “Les Français ne se lavent pas.”
  • “Les Françaises sont minces.”
  • “Les Français sont arrogants.”
  • “Les Françaises sont faciles.”
  • “Les Français sont romantiques.”
  • “Les Français sont galants.”
  • “Les Françaises sont toujours élégantes.”
  • “Les Français cuisinent bien.”

Et la liste continue…

stereotypes
Designed by Kireyonok_Yuliya / Freepik

Un stéréotype, qu’est-ce que c’est?

D’après les chercheurs Moliner, Vinet et Suquet (2004), les stéréotypes sont des

“ensembles de croyances que les membres d’un groupe entretiennent sur eux-mêmes ainsi que sur les autres groupes.”

Concrètement, ça veut dire qu’on met sous une même appellation, par exemple “les hommes”, ou “les blondes”, ou “les noirs”, etc., tout un tas d’individus qui n’ont rien à voir les uns avec les autres mais auxquels on attribue une série de caractéristiques dont on estime qu’elles leur sont communes.

Et ça donne des choses comme “les hommes sont forts”, “les blondes sont idiotes”, “les noirs sont africains” (on vient de nous le resservir avec la coupe du monde celui-là 😉 ), etc.

Personne n’aime être affublé d’un stéréotype. Car ils généralisent à outrance et sonnent donc faux. Du coup, on se sent sali par cette étiquette qu’on nous colle sans notre permission.

Mais si on ne les aime pas, pourquoi y en-a-t-il?

Attention, ce qu’on n’aime pas, c’est qu’on nous les colle, qu’on nous fasse rentrer dans une case qui ne nous correspond pas. Mais quel Français n’a jamais ri d’une blague sur les Belges (et inversement)? Quand on parle des autres, les stéréotypes ne nous gênent pas nécessairement de prime abord… Et nous allons voir pourquoi.

D’une origine concrète…

En fait, les stéréotypes naissent d’un besoin naturel du cerveau, celui de catégoriser tout ce qui passe dans le champ de sa perceptionIl a besoin d’ordre pour comprendre le monde et agir en fonction.

Alors il repère des individus partageant certaines caractéristiques (même sexe, même couleur de cheveux, même couleur de peau…) et il en fait une catégorie.

Ensuite, pour justifier l’existence de cette catégorie, il relève des “régularités comportementales”, des caractéristiques fréquentes, au sein du groupe.

Et c’est parce qu’on généralise ces caractéristiques à l’ensemble de la catégorie que naît le stéréotype.

cerveau

…à une explication du monde… 

De nombreux chercheurs travaillent sur les stéréotypes afin de les comprendre et d’appréhender leur raison d’être. Certains ont remarqué que les stéréotypes ont

“un rôle explicatif permettant, notamment, d’expliquer pourquoi les individus d’un groupe donné forment effectivement une catégorie.”

Murphy & Medin (1985)

Ces stéréotypes explicatifs sont en général absorbés à la fois par le groupe concerné et par ceux qui n’en font pas partie. Par exemple, les hommes comme les femmes estiment que ces dernières sont “douces” et “séductrices” (Vinet, Moliner, 2006).

Ces stéréotypes peuvent donc devenir constitutifs de l’identité des individus concernés. Ainsi, ils 

permettent de rendre le monde contrôlable et prédictible, tout en maintenant et préservant un système de croyance existant.

Heider, 1958

Du coup, grâce aux stéréotypes, on va avoir tendance à expliquer le comportement de quelqu’un non plus par ce qu’il est en tant que personne, mais par les caractéristiques associées au groupe social dont il fait partie.

Soit. On a besoin de catégoriser le monde pour fonctionner, expliquer, comprendre, appartenir. Le problème, c’est qu’on émet des jugements de valeur sur la catégorie et ses caractéristiques supposées.

Lorsque l’on dit que les blondes sont idiotes, les Français radins, les étrangers des voleurs, on émet des jugements de valeur négatifs. Mais on émet aussi des jugements de valeur positifs en disant que les hommes sont forts, les femmes sensibles ou les noirs excellents danseurs.

Or qui dit jugement de valeur, dit hiérarchisation. Et là, on va loin…

…qui justifie les rapports sociaux.

Eh oui. Les stéréotypes ne justifient pas seulement l’existence de telle ou telle catégorie. Ils justifient aussi les rapports de pouvoir entre les groupes sociaux qu’ils qualifient.

Vous ne me croyez pas? 

Ce n’est pas moi qui le dit, mais les chercheurs en psychologie sociale (repris par Vinet & Moliner, 2006). Ils ont réussi à montrer que les stéréotypes permettaient de justifier les rapports dominants/dominés.

Comment? Eh bien, par un renversement logique imperceptible

Au lieu de se dire que c’est parce qu’ils sont en haut de la pyramide que les dominants ont certaines compétences et privilèges, on se dit que leurs compétences et privilèges découlent de leurs caractéristiques internes et personnelles (qui sont, elles, définies par les stéréotypes). Et d’une pierre deux coups: les dominés le sont parce qu’ils le méritent, voyez donc comment ils sont (et hop, des stéréotypes qui justifient).

Par exemple: les hommes sont forts, ce sont des mâles dominants et ils ont la charge de leur foyer. Il est donc normal qu’un mari frappe sa femme quand il estime qu’elle a commis une faute. D’ailleurs, la femme n’a rien à dire car elle est du sexe faible et sa douceur ainsi que sa sensibilité la poussent naturellement à rester à la maison s’occuper des enfants, entièrement dépendante de son mâle dominant.

Le plus terrible, c’est que les recherches montrent que ce ne sont pas que les dominants qui y croient, mais les dominés aussi. Heureusement, elles montrent aussi que ces derniers sont capables de remettre en question les stéréotypes qui les maintiennent où ils sont.

Je crois que la longue lutte féministe illustre assez bien le propos 😉

Donc, on peut s’en débarrasser?

Oui et non.

La bonne nouvelle

Tout le monde peut repérer à quels stéréotypes il est plus sensible, lesquels il a le mieux absorbés depuis l’enfance. Pour cela, il suffit de savoir se remettre en cause avec bienveillance (pour ceux qui ne l’auraient pas lu, voyez cet article sur le sujet).

Vous pouvez aussi vous amuser avec les quiz de cet excellent site de l’observatoire des discriminations. Ils donnent une très bonne idée des stéréotypes que l’on véhicule inconsciemment.

Le bémol

On ne peut pas éviter les stéréotypes. Notre cerveau crée naturellement les catégories et la société est sans cesse en train d’y apposer des jugements. Or on ne peut pas vivre hors le monde.

Mais les stéréotypes ne sont pas “mauvais” en soi. Ils sont nécessaires au fonctionnement d’une société. Cependant, il est important de les connaître et de savoir à quoi ils peuvent servir afin de ne pas en être prisonnier.

En faire un chemin de croissance

Avoir conscience de cet état de fait nous permet de prendre du recul. Et on peut le faire avec bienveillance.

Au lieu de se détester soi (ou l’autre) parce qu’on croit en ceci ou en cela, on peut reconnaître la présence de cette croyance, accepter qu’on se soit basé dessus jusque-là, et si elle ne nous convient plus, la laisser partir. Pas facile, mais un beau défi!

lacher prise
Designed by Bedneyimages / Freepik

Merci d’avoir lu! Si vous aimez, faites passer!


Partager l'article :
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    6
    Partages
  • 5
  • 1
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *